De l’avantage de fouiner chez Cioran

La brocanteuse qui avait trouvé les versions préparatoires de «De l’inconvénient d’être né» chez le philosophe, après sa mort, a été autorisée par la justice à les garder. Elle pourra célébrer le centenaire de Cioran, en avril, comme il se doit
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Le Nouvel Observateur
15-03-2011

Né en 1911 en Roumanie, Emil Cioran s’installe, en 1941, dans un réduit de la rue de l’Odéon, dans le sixième arrondissement parisien, où il vivra jusqu’à sa mort, en 1995. Peu avant celle-ci, sa compagne, Simone Boué, décide de faire don des œuvres de l’écrivain à la bibliothèque Jacques-Doucet de l’université de Paris. En 1997, Simone Boué meurt à son tour, laissant le deux-pièces de la rive gauche inhabité. Son frère, Henri Boué, en devient légataire universel. Il se rendit sur place pour récupérer ce qui, à ses yeux, méritait de l’être. Puis, il chargea une entreprise de débarras d’évacuer le reste.

C’est ici qu’entre en scène l’autre Simone de l’histoire. Pour Simone Baulez, habituée à ratisser les appartements laissés vacants, la visite de l’ancien logement de Cioran s’avère fructueuse. Elle repart avec un buste en plâtre représentant l’auteur d’«Histoire et Utopie», un bureau, des livres et… des manuscrits. Pas n’importe lesquels.

La brocanteuse a en effet mis la main sur une trentaine de cahiers, dans lesquels sont confinés cinq versions de «De l’inconvénient d’être né» ainsi que le journal intime de l’auteur! Comment la petite délégation de spécialistes s’étant rendue sur les lieux avant elle a-t-elle réussi à passer à côté de ces documents? L’affaire n’est pas très claire à ce sujet, comme le prouve l’enquête très détaillée de Pierre Assouline.

Simone Baulez espère alors à récupérer un coquet pactole sous le marteau d’un commissaire priseur. Le 2 décembre 2005 le petit trésor se retrouve au menu d’une vente à l’hôtel Drouot. Sauf que  – coup de théâtre! – la Cour d’appel annule la vente in extremis car la chancellerie des universités de Paris vient de se déclarer propriétaire des manuscrits.

Cinq ans plus tard, la justice a fini par donner raison à la brocanteuse, qui peut dès à présent faire (bon) usage du joli magot: le lot est estimé à environ un million d’euro.

Jonathan Reymond

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Par ailleurs, le 8 avril prochain, Cioran aurait eu cent ans. Plusieurs parutions et événements célèbrent cet anniversaire:

Les éditions de l’Herne publient simultanément deux inédits de Cioran, à paraître le 23 mars : «Correspondances (1961-1978)» et «le Bréviaire des vaincus II».

 – Le Seuil publie un essai de Stéphane Barsacq: «Cioran. Ejaculations mystiques».

Du 15 au 19 mars, une exposition intitulée «Cioran, une jeunesse crépusculaire», retrace les moments clés de la vie de l’auteur, à la mairie du 6ème arrondissement (78, rue Bonaparte).

 – Dans le cadre du Salon du livre de Paris, l’Institut culturel roumain organise, les 18 et 19 mars, un grand colloque sous le titre: «Cioran, le pessimisme jubilatoire». Outre deux conférences (dès 14 heures, chaque jour), un film, «l’Apocalypse selon Cioran», sera diffusé pour la première fois en France vendredi 18. Plus de détails sur le site du salon.

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