“Le mal et le pire : de Schopenhauer à Cioran” (Joan M. Marín Torres)

ALKEMIEno. 4 (déc. 2009) p. 9-17.

Abstract: This study aims to question the wrongness, more precisely what we emotionally experience and intellectually categorize as wrong, beginning with the works of Cioran and Schopenhauer. It is true that these two authors …

Subject: Philosophy, Existence, Wrongness, Liberty, Good and evil, Schopenhauer, Criticism and interpretation, Cioran, E. M. (Emile M.), Bé i mal, Crítica i interpretació.

Abstract  : This study aims to question the wrongness, more precisely what we emotionally experience and intellectually categorize as wrong, beginning with the works of Cioran and Schopenhauer. It is true that these two authors agree with the diagnostic of the human condition (its wrongness and its unhappiness are intolerable because unjustifiable, on the theological level too), and also with its traits (sufferance, vainness, injustice, cruelty) and consequences (human liberty), but they have opposite views when wondering if the renunciation to the will of living may suffice or not in order to save the man from his tragic existence.

Key-words : philosophy, existence, wrongness, liberty.

Dans les écrits de Cioran il n’y a que peu de références directes à l’œuvre de
Schopenhauer. Mais on peut lire dans De l’inconvénient d’être né :

« Maudit soit celui qui, dans les futures réimpressions des mes ouvrages, y aura changé sciemmen!t quoi que ce soit, une phrase, ou seulement un mot, une syllabe, une lettre, un signe de ponctuation ! »
Est-ce le philosophe, est-ce l’écrivain qui fit parler ainsi Schopenhauer ? Les deux à la fois, et cette conjonction (que l’on songe au style effarant de n’importe quel ouvrage philosophique) est très rare. Ce n’est pas un Hegel qui aurait proféré malédiction semblable. Ni aucun autre philosophe de première grandeur, Platon excepté. (De l’inconvénient d’être né, 1322)

Il s’agit d’une juste appréciation de la maîtrise littéraire de Schopenhauer. Avec la même exactitude, Cioran aurait pu proférer ces paroles sur sa propre œuvre. Cependant, la manière avec laquelle ces deux auteurs s’affrontent à la réalité est très distincte. Le Roumain est un auteur d’aphorismes expérimenté  ; l’Allemand, bien qu’il cultive avec talent, lui aussi, l’art aphoristique, est l’un des derniers grands philosophes systématiques. Mais – et c’est une chose peu habituelle dans le monde philosophique – les deux partagent une même passion pour l’expression précise et la maîtrise du style littéraire ; et, surtout, ils ont en commun la lucidité avec laquelle ils découvrent les paysages de la fatalité qu’habite l’être humain. [PDF]