“Cioran ou l’ironie” (Gilles Archambault)

Le Devoir, 10 mars 2012

Non mais, qu’est-ce qui m’a pris de choisir Cioran comme sujet de cette petite chronique. Je n’ai pas du tout la formation philosophique souhaitée pour analyser une œuvre qui, livre après livre, a démontré la futilité de vivre. Ma seule justification viendrait de ce que, si je l’ai lu avec une certaine ferveur tout au long des années, c’est au fond à cause de la précision et de la pureté de son écriture.

Cioran mettait dans sa détestation de la vie une ferveur qui finissait par convaincre le lecteur de l’émotion extrême avec laquelle il décidait de la décrier. Il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il ne médisait de la vie que pour se prémunir contre les désillusions. À peu près comme un amant déçu se prend à se protéger contre les passions à venir en reniant des bonheurs passés pour ne pas en ressentir trop profondément l’absence.

Comme il est normal pour un livre de la collection de la Bibliothèque de la Pléiade, on est en présence d’une édition critique, avec préface, notes, chronologies. L’édition omet les ouvrages que l’auteur a écrits en roumain. C’est en 1949 que paraît chez Gallimard Précis de décomposition, d’abord intitulé Penseur d’occasion. Il ne faut tout de même pas oublier que notre auteur avait déjà publié cinq ouvrages dans sa langue maternelle avant d’opter pour le français… [+]