“Voyage en Grande Cioranie, ou de la trahison linguistique” (Gabriel Mardare)

Francopolyphonie · Nr. 2(1) / 2007 / ISSN 1857-1883. Disponibil online 17 December, 2013.

« Lire Cioran sans rigoler, c’est pas bon signe »

1. Les Clavardiotes

L’auteur de cet essai, grand amateur de voyages virtuels, s’accroche souvent à la toile du Net et se prend pour une thomise en train de monter le plus haut possible vers la voûte de l’univers. Histoire de montrer que le système planétaire où il se trouve ne manque pas d’araignées au plafond.

C’est ainsi qu’il découvrit PlanetCioran. C’est drôle, se dit-il, mais cette planète, hantée par des insomniaques capables de lire l’une des quatre langues de ce monde virtuel3, devrait tourner autour d’un soleil. Tiens, ce soleil invoqué par Nerval :

Je suis le ténébreux — le veuf, — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie;
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

C’eût été logique : par sa propre pendaison en 1855 (cent quarante ans avant le décès de notre ex-compatriote) l’auteur fasciné par son image était un excellent promoteur de la théorie du suicide. Nerval avait fait l’irrémédiable geste avant EMC, tout comme Dominici avait commis le crime qu’il aurait voulu perpétrer.

La thomise imaginaire ne put rien repérer à l’horizon, sinon les ombres des producteurs de textes privés de di*usion, bien souvent des universitaires. Elle alla donc chercher Ailleurs – car Michaux faisait partie des auteurs que le décompositeur fréquentait. Et il envisagea que, faute d’une planète, il se contenterait d’explorer un pays habité par des sujets de Cioran et qui pourrait bien s’appeler la Cioranie… [Pdf]