“La métaphore Camusienne : paradigme de l’étrangeté” (Sidi Mohamed Lakhdar Barka)

 

Insaniyat / إنسانيات [En ligne], 43 | 2009, mis en ligne le 11 avril 2012, consulté le 24 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/insaniyat/763 ; DOI : 10.4000/insaniyat.763

Résumé : Une exploration systématique des procédés métaphoriques mis en chantier dans l’Etranger de Camus, va nous amener à élaborer un code de significations par l’écart, déterminé par le lieu et le temps de la diégèse de l’œuvre. Les aspects restrictif et systématique de son usage permettent de conclure à la rencontre d’une perception sensorielle de l’environnement, sorte de code préverbal, cognition par analogie et une mise en mots du monde par le code verbal, cognition intellectuelle, non sans une contrainte sur le second. On peut donc induire que l’on assiste à la naissance de communautés de pratiques langagières qui partagent le lieu et l’être géographique qu’est l’Algérie mais non pas la parole, d’où ‘étrangeté’.

Abstract: A systematic exploration of Camus’ metaphoric process put to work in “l’Etranger” leads up to an elaborate significance code of the variations determined by place, time and general context of his work. The restrictive and systematic aspects used enable us to understand the encounter of a sensorial environmental perception, a sort of analogical cognition and wording of the world by verbal code, not without constraint on the second. One can therefore deduce that we are witnessing the birth of language practice clusters sharing the place and geographical entity namely Algeria but not without spoken word, hence “foreigness”.

Resumen: Una exploración sistemática de los procedimientos metafóricos puestos en obra en el Extranjero de A. Camus, nos va a llevar a la elaboración de un código de significaciones por la desviación, determinada por el lugar y el tiempo de la diégesis de la obra. Los aspectos restrictivos y sistemáticos de su uso permiten concluir en el encuentro de una percepción sensorial del entorno, especie de código preverbal, cognición por analogía y una puesta en palabras del mundo por el código verbal, cognición intelectual, no sin una coacción sobre el segundo. Podemos deducir entonces, que asistimos a un nacimiento de comunidades de prácticas lingüísticas (lenguajeras) que comparten el lugar y el ser geográfico que es Argelia pero no la palabra, o sea lo “extraño”.

إن فحصا منظّما للأنساق الإستعارية الموظفة في رواية الغريب لألبير كامو يَقُودنا إلى صياغة سنن من الدلالات يتميز بالانزياح، يحدده في ذلك مكان و زمن الحكي المتضمن في هذا العمل الأدبي. إن الجوانب المحددة و المنهجية لاستعماله تسمح باستنتاج أن هناك اجتماعا بين تصور سمعي للمحيط، و هو نوع من السنن السابق للفظ، و ملكة إدراكية ثقافية وقياس مع تحرير بالكلمات للعالم بواسطة السنن اللفظي، أي ملكة إدراكية ثقافية، لكن بممارسة إكراه على الثانية. نستطيع إذن استقراء مما سبق أننا نشهد على ميلاد جماعات لها ممارسات لغوية تشترك في المكان و الذات الجغرافية المتمثلة في الجزائر لكنها لا تشترك في الكلمة و من هنا “الغرابة”.

Mots-clés : métaphores, composants métaphoriques, comparant, comparé, intersection, ellipse, cognition sensorielle, cognition intellectuelle

Keywords : metaphors, metaphoric constituents, manifest, comparative, intersection, ellipse, sensorial cognition, intellectual cognition

Palabras clave : metáforas, componentes metafóricos, compareciente, comparado, intersección, elipsis, cognición sensorial, cognición intelectual

‫فهرس الكلمات المفتاحية : المجازات, المكونات الإستعارية, المقارنات, المقارَن, تقاطع, المعرفة الحسية, المعرفة الفكرية

« Les sources d’un écrivain, ce sont ses hontes ;
celui qui n’en découvre pas en soi, ou s’y dérobe,
est voué au plagiat ou à la critique. »
CIORAN E.M. Syllogismes de l’amertume, Gallimard, 2004.

Cette réflexion sur L’étranger ne portera pas sur ce que cette œuvre dit en substance, mais sur comment elle le dit et ce qui nous autorise à la comprendre différemment et peut-être en produire une lecture qui rompt avec les points de vues institutionnalisés et oser une ‘subjectivité systématisée’ que Barthes qualifie de ‘cultivée (relevant de la culture) soumise à des contraintes immenses, issues elles-mêmes de l’œuvre’ et ayant ‘plus de chance d’approcher l’objet littéraire’ (1966 :69), ici celle d’un temps et d’un lieu : l’Algérie. Nous ferons ainsi le procès de l’énonciation à partir de repères inhérents à l’œuvre, ceux du narrateur et du narrataire ‘actants intradiégétiques qui tous deux appartiennent à l’univers (diégèse) de l’histoire racontée. Nous y consacrerons l’importance d’une écriture de l’écart : oxymorique, métonymique, synecdotique, hendiadystique et métaphorique avec ellipse de ses composants faisant apparaître ‘l’étrangeté’ comme état d’âme et notion de groupe attachés au lieu. Cette pluralité de sens nous permettra d’esquisser une amorce de ‘science du littéraire’ (Barthes, 1966) fondée sur une étude méthodique de ces figures à partir de leur caractère ‘restrictif’ et ‘systématique’ tel que le propose J. Searle (1982), qui les classe en huit types selon leur fonctionnement discursif dans l’argumentation et tel que H. Morier (1989) va de façon beaucoup plus sophistiquée, les explorer pour leur application dans le champ littéraire.

Cet exercice va tenter d’exposer comment la métaphore dans L’Etranger (1989) va développer ses propres mécanismes de signification et constituer une typologie de formes d’écarts élaborée en un code de relations discursives. En proposant un inventaire systématique des procédés métaphoriques que ce roman met en chantier, nous tenterons d’identifier Meursault narrateur de son ‘étrangeté’. Ces relations vont figer des fonctions linguistiques en rapport avec des fonctions de sens thématiques, induisant des fonctions sémantiques génériques complexes, qui n’ont pu empêcher d’éviter à une catégorie de lecteurs, la possibilité de décodages aberrants (U. Eco, 1970), cause à notre avis de toutes les déviances hors du champ de la littérature, qui ont excentré l’œuvre de son ‘immanence’… [+]