Inédits de Cioran : Les lettres confisquées par la Securitate en exclusivité

Le Petit Journal, 6 mars 2018

Aujourd’hui, LePetitJournal.com de Bucarest est très fier de vous annoncer la sortie pour le 8 mars prochain de 6 lettres inédites du philosophe Emil Cioran envoyées à son ami et philosophe, Petre Tutea, autrefois confisquées par la Securitate (police communiste) et à présent publiées dans la revue la NRF aux éditions Gallimard. Ce projet a été initié par deux membres de notre rédaction, Dan Burcea, critique littéraire et Grégory Rateau, notre rédacteur en chef. Un livre regroupant ses lettres verra peut-être le jour dans la foulée, mais, en attendant, voici une petite mise en bouche…

Le 8 mars paraissent, à Paris, dans la Nouvelle Revue Française des Editions Gallimard, six lettres totalement inédites adressées par Emil Cioran à son ami Petre Tutea, de 9 ans son aîné, entre 1936 et 1941. Il s’agit des ses écrits de jeunesse qui datent de la période qui précède son départ définitif pour la France, en 1937 comme boursier de l’Institut français de Bucarest. Ces lettres proviennent des archives du CNSAS (Conseil national pour l’étude des archives de la Securitate) et figuraient dans un fonds spécial “Manuscrits des écrivains présents dans les archives de la Securitate”. Ce fonds contient environ 25 kilomètres de documents d’archive, des œuvres interdites, des mémoires, des notices, des romans, des recueils de poésies et des lettres. Celles envoyées par Cioran qui sont publiées en font partie. Leur nombre est beaucoup plus important, elles feront l’objet d’une publication ultérieure en un ou plusieurs volumes.

Selon elle, la correspondance de ces deux amis, reflète la manière dont les deux hommes “vivent avec frénésie des expériences humaines dramatiques, au gré des turbulences de l’Histoire et exacerbées par la distance que leurs histoires personnelles leur imposent”.

Un nombre d’exemplaires limités seront disponibles à la librairie française de Bucarest, Kyralina mais pour le reste de la France, il n’y aura aucune restriction.

Les lettres envoyées par Cioran à son ami nous aident à comprendre comment s’est opérée dans sa mentalité, la rupture avec les vieux démons de son ultranationalisme. Un Cioran “à la frontière, quittant un monde pour un autre”, comme le qualifie le directeur de la NRF, Michel Crépu. En ces temps qui précèdent la guerre, le jeune Cioran exprime déjà son scepticisme face à la violence qui gagne les esprits. “Je ne sais pas pourquoi – écrit-il en 1938 de Paris – mais il semblerait que, depuis cette époque, nous avons tous vieilli et nous nous sommes tous compromis ; nous avons trop d’habitudes qui traînent derrière nous et chaque année qui nous rapproche de la mort rajoute un peu plus de solitude à nos relations”.

La publication de ces 6 lettres que nous vous proposons ici, dans la traduction de Dan Burcea et de Grégory Rateau, n’est que le début d’un projet de publication qui comprendra un ou plusieurs volumes. Le matériel ne manque pas, le soutien des chercheurs roumains non plus. Qu’il nous soit permis de remercier ici la dr. Cristina Antonescu et Felicia Bugnariu du CNSAS de Bucarest. Un grand merci également au Conseil National du Livre et à Michel Crépu, le directeur de la NRF, pour son indéfectible soutien.

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Pour tous ceux qui s’intéressent à ce sujet, nous recommandons le numéro 629 du 8 mars 2018 de la Nouvelle Revue Française.

 Nous vous donnons déjà rendez-vous pour l’année prochaine lorsque nous pourrons vous proposer, nous l’espérons, le premier tome des Lettres confisquées d’Emil Cioran.