Émission : “Une Vie, une œuvre : Emil Cioran, ou les nuits suspendues (1911-1995)”

FRANCE CULTURE, le 01.05.2005

Par Sylvia Ben Ytzhak et Christine Berlamont.

Émission consacrée à Cioran.

Entretien avec Roland JACCARD, auteur du livre “Cioran et compagnie”, Simona MODREANU, auteur d’une biographie et de l’ouvrage “Le Dieu paradoxal de Cioran”, Sylvie JAUDEAU, auteur de “Cioran ou le dernier homme”, Besarab NICOLESCU, ami de Cioran, Nicole PARFAIT, docteur en philosophie, auteur de “Cioran ou le défi de l’être”, en alternance avec des interviews de l’écrivain (archives). Lorsqu’une douleur initiale conduit à penser qu’être né est un inconvénient, est-il possible par la seule force de l’écriture, par le travail du style, d’atteindre à une organisation de sa détresse ? Nostalgique de ce temps d’avant le temps, de cette virtualité bienheureuse où nous résistions à l’infâme tentation de nous incarner, l’écrivain roumain, qui avait choisi d’habiter la langue française comme on habite un pays, s’exprimait par petites touches, loin des systèmes dogmatiques. Il ne voulait pas se définir comme philosophe. Malgré cette image de suicidé virtuel, de pessimiste incurable, de nihiliste évitant le néant, de sceptique trop lucide, d’athée obsédé par l’ombre d’un Dieu chrétien, il ne se voyait ni comme un révolté, ni comme un militant, ni comme un désespéré, disait-il, mais plutôt comme un inutile. Paradoxalement, sa vision de la condition humaine, comme tout juste sortie du paradis perdu et n’ayant d’autre alternative que d’osciller entre haine de soi et orgueil illimité, se teintait souvent d’une dimension humoristique et ludique, d’une joie même. Ses fragments et ses aphorismes, comme des reflets de son mysticisme, nous disent l’ambivalence constante de sa pensée. Pour Emil Cioran, l’acte d’écrire aurait-il pu être à la fois “une sorte de dialogue avec Dieu” et un suicide ?