“Moralistes du Grand Siècle” (Bérangère Parmentier)

LES FORMES BRÈVES, Tdc no. 1077

Chez les moralistes du XVIIe siècle, style et pensée ne font qu’un : brièveté et discontinuité témoignent d’un regard nouveau, individualisé, porté sur la vie en société.

Le cas des « moralistes français » nous permet d’observer la constitution historique d’un genre. C’est une lignée qui se construit œuvre après œuvre. Quelques ouvrages du XVIIe siècle ont, l’un après l’autre, défini un terrain de pensée et d’écriture. Trois traits le caractérisent : un territoire d’analyse, les « mœurs » humaines ; un point de vue particulier, et non systématique ; une forme brève, dispersée, discontinue. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les Maximes de François de La Rochefoucauld (1664-1678) ont fourni un exemple décisif ; les amis de Blaise Pascal ont alors profité de leur succès pour publier en 1670 sous forme de Pensées discontinues les notes qu’il avait rédigées en vue de la publication d’une Apologie de la religion chrétienne, mais que sa mort avait laissées inachevées. Quelques années plus tard, Jean de La Bruyère, lorsqu’il publie ses Caractères (1688-1696), marque la spécificité de son entreprise en faisant écho à ces deux publications. À cette date, on peut considérer que le terrain des « moralistes » est définitivement constitué. D’autres auteurs, à la même époque puis au fil des siècles, en France et ailleurs (de Joseph Joubert ou Vauvenargues à Friedrich Nietzsche, Emil Cioran, Henri Michaux et bien d’autres), ajouteront leur marque et imposeront leur projet personnel en prenant pied sur le terrain ainsi délimité : les mœurs, la forme discontinue, la particularité du point de vue… [PDF]