Le philosophe Clément Rosset est mort (Philomag)

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28/03/2018 – Défenseur d’un réalisme radical, traquant sans relâche les illusions qui font écran au réel, Clément Rosset est mort. Il était l’un des philosophes français les plus importants, ainsi qu’un compagnon de route du journal, avec lequel il a collaboré à de nombreuses reprises.

« Chaque vie va finir et l’on ne peut se soustraire à cette règle. Nous voici maintenant face au réel le plus indésirable. Je pense que la finitude de la condition humaine, la perspective intolérable du vieillissement et du trépas, expliquent l’obstination des hommes à se détourner de la réalité », déclarait Clément Rosset. Le philosophe, représentant joyeux d’un réalisme radical, a été retrouvé mort dans son appartement parisien, le 27 mars 2018.

La philosophie tragique

Né le 12 octobre 1939 à Carteret, dans la Manche, Clément Rosset témoigne de la joie qui le préoccupait dès l’enfance. « Que c’est bon d’exister ! » répétait-il alors à l’envi… bien que ses parents trouvent cette exclamation déplacée en pleine Occupation.

Admis à l’École normale supérieure, il publie à 19 ans son premier livre : La Philosophie tragique (PUF, 1960) dans lequel il invite, dans une veine nietzschéenne, à ne pas refuser la part tragique de l’existence. Agrégé de philosophie en 1965, il soutient une thèse de doctorat dirigée par Vladimir Jankélévitch, qu’il publiera sous le titre L’Anti-nature (PUF, 1973), avant de devenir professeur des universités. Il mène l’essentiel de sa carrière à l’université de Nice.

En marge des courants qui tiennent le haut du pavé dans les années  1970, qu’il s’agisse du structuralisme ou de la French Theory représentée par DerridaDeleuze ou Foucault, il poursuit une œuvre aux thématiques atemporelles, dans un style ciselé et sans jargon, plein d’humour, se donnant pour objectif de « déblayer le chemin vers quelques évidences ». Capable de citer dans une démonstration sur Kant ou Hegel une pièce de Courteline ou un épisode de Tintin, il se fait l’avocat d’un réalisme radical, coupant malicieusement l’herbe sous le pied de la psychanalyse et du marxisme, déjouant tous les «  doubles  » fantasmatiques par lesquels les hommes tentent d’échapper à la réalité.

« Pour ma part, je ne m’intéresse qu’au réelaffirme Clément RossetCe qui ne veut pas dire que je passe mes journées à quatre pattes à renifler le réel dans tous les coins de ma chambre ! Une grande partie de mon travail philosophique depuis trente ans a consisté à démasquer les efforts, les extraordinaires gymnastiques intellectuelles auxquels s’adonnent la majorité des gens, et les philosophes en premier lieu, pour ne pas être en contact avec la réalité. »… [lire plus]

Lire le grand entretien mené avec Clément Rosset: “Le réel finit toujours par prendre sa revanche” ☛

Quand Clément Rosset reconnaissait sa dette intellectuelle envers Hergé ☛