Fonte: Chapitre VI. La prophétie du pire – Presses de l’Université de Montréal

DAVID, Sylvain, Cioran. Un héroïsme à rebours. Montréal: Presses Universitaires Montréal, 2006.

L’homme, bien qu’il soit lui-même mortel, ne peut se représenter ni la fin de l’espace, ni la fin du temps, ni la fin de l’Histoire, ni la fin d’un peuple, il vit toujours dans un infini illusoire1.
Milan Kundera

Chez Cioran, l’écoulement du temps, la marche de l’humanité vers l’avenir se résument à un « élan vers le pire ». Ce constat pessimiste repose sur une double logique : tout d’abord, l’idée, inspirée d’une relecture hautement personnelle du mythe du péché originel, selon laquelle l’homme, dès ses débuts, serait voué à commettre le mal et à œuvrer à sa propre perte. Ensuite, l’intuition selon laquelle cette propension à la négativité se traduirait par une chute de l’être humain dans la dimension temporelle, où sa tare initiale ne peut aller qu’en s’aggravant. Dès lors, le futur, s’il demeure à bien des égards incertain, comporte au moins une constante permettant de se risquer à émettre quelques prédictions : il représente une amplification des maux du présent, une aggravation des affres de l’humanité. De fait, après avoir remonté jusqu’à la source des malheurs de la collectivité et étudié le mouvement qui permet à une telle dynamique de se perpétuer tout en gagnant continuellement de l’ampleur, l’essayiste ne peut résister à la tentation d’émettre à son tour quelques hypothèses sur l’aboutissement du processus, de se laisser aller à spéculer sur le devenir de l’humanité.

Or, une fois posé le constat, d’ordre théorique, de l’existence d’un déterminisme du pire, reste le problème, davantage pratique, de penser en termes concrets l’ultime étape de la chute : comment représenter l’Apocalypse ? Comment narrer la fin de l’humanité ? En effet, si le penseur roumain a pu s’appuyer sur des éléments déjà existants, dans la religion ou la mythologie, pour construire son récit des origines, la fin, telle qu’il la conçoit — c’est-à-dire dépourvue de toute part de rédemption ou d’eschatologie — relève d’une vision davantage moderne que traditionnelle. Le Jugement dernier du Christianisme, avec sa dimension d’ouverture et d’espoir, ne lui est ici d’aucune utilité. Suivant la logique cioranienne, au contraire : « [l]a fin de l’histoire est inscrite dans ses commencements » (E 1426). Comme cette lancée reste conditionnée par le principe de fatigue et d’usure propre à toute pensée d’influence vitaliste, à défaut d’avoir une fin précise, elle possède du moins un aboutissement probable : la décomposition et la mort… [+]

Publicado por:Portal E.M.Cioran/Br

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