3 fragmentos de Natal, por Emil Cioran

[1962] Nöel. Il neige. Toute mon enfance afflue à la surface de ma conscience.
Hier, au marché, j’ai entendu ce dialogue : — Il fait froid. — Cela ne fait rien. Pourvu qu’il ne neige pas.
Décidément je ne suis pas d’ici.

Natal. Está nevando. Toda a minha infância emerge à superfície da minha consciência.
Ontem, no mercado, escutei este diálogo: — Está fazendo frio. — Não faz mal. Contanto que não neve.
Decididamente eu não sou daqui.

[1965] Noël. Le bonheur tel que je l’entends: marcher à la campagne et regarder sans plus, m’épuiser dans la pure perception.

Natal. A felicidade tal como eu a entendo: caminhar no campo e observar sem mais, esgotar-me na pura percepção.

[1969] Noël — Silence extraordinaire. Rien que ce fait devrait me rendre heureux au possible. Je connais mon bonheur mais n’ai pas la force de le vivre.
Il est vrai que je ne peux m’empêcher de penser au retour des gens.

Natal — Silêncio extraordinário. Nada além deste fato deveria me fazer feliz da vida. Eu conheço a minha felicidade, mas não tenho a força de vivê-la.
É verdade que não posso me impedir de pensar no retorno das pessoas.

CIORAN, Emil. Cahiers : 1957-1972. Paris : Gallimard, 1997.

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“Fatalidad y premonición. Un texto sobre Cioran” (Christian Santacroce)

La lucidez de Cioran no se limita únicamente al despertar de la conciencia como maldición. En cuanto que premonición, constituye además la prefiguración de un nuevo nivel de existencia.

Revista Claves de Razón Práctica  nº 249, Noviembre / Diciembre 2016

“Como en un rapto, un instante, /
Otro sol, inefable, completamente me cegó, /
Y todos los mundos conocí: infinitamente más radiantes, mundos
ignorados; / Un instante de la tierra venidera, la tierra celestial.”
Como en un rapto. Walt Whitman

Quisiera comenzar este artículo reproduciendo un fragmento del propio Emil Cioran, recogido en sus Cuadernos entre los días 7 y 8 de enero de 1967:

“Yo odio al hombre; mas no puedo decir: odio al ser humano. Y es que hay en esta palabra ser algo que no evoca precisamente lo humano. Algo lejano, misterioso, conmovedor, todo ello extraño a la idea del prójimo.”

Podríamos ahora, efectuar un salto atrás de tres décadas, remontarnos exactamente al 30 de mayo de 1937, día en que aparece publicado en Vremea, diario bucarestino de la época, uno de los textos más hermosos que haya escrito Cioran en su propia lengua: “Nihilism şi natură” (Nihilismo y naturaleza). En este artículo – parcialmente incluido también, con leves modificaciones, en Lacrimi și sfinți, su cuarto libro– puede leerse lo siguiente:

“Sólo en la medida en que odias a los hombres, puedes considerarte liberado. Hay tantas cosas que merecen ser amadas. ¡Qué sentido tiene seguir involucrándote con ellos! Hay que odiarlos, para tener la libertad de abrazar las perfecciones inútiles, las tristezas de más allá del tiempo, las beatitudes suprahistóricas. Hay una falta de distinción y de gusto en toda adhesión a la humanidad”… [Pdf]

Cioran, esthète de l’Apocalypse

Cioran rappelle dans ses journaux cette promenade avec une amie qui affirmait doctement que le « divin » était présent en chaque créature. L’écrivain désigne une mégère insupportablement vulgaire : «Dans celle-là aussi?» Elle ne sait que répondre, tant il est vrai que la théologie et la métaphysique abdiquent devant l’autorité du détail mesquin. «Je n’ai jamais rencontré personne, écrit-il ; je n’ai fait que trébucher sur des ombres simiesques.»

Las de régler ses comptes avec l’humanité et avec lui-même , il avoue que ce qui le comblerait, ce serait de voir le soleil exploser et s’émietter, disparaître à jamais. «Aussi, ajoute-t-il, avec quelle impatience et quel soulagement j’attends et je contemple les couchants!»

Deux hommes se disputent l’âme de Cioran : un moine et un esthète. Le moine a pris pour patrons le Bouddha et Job. L’esthète, lui, flirte avec l’idée du suicide et rêve de l’extermination de l’humanité. Il se découvre une parenté avec Hitler, mais un Hitler aboulique. «Hitler, écrit-il, qui est arrivé en tout point à la négation de ce qu’il avait projeté, pourrait bien être le symbole de l’homme en général.» Par ailleurs, Cioran se proclame volontiers métaphysiquement juif, ce qui n’est qu’un paradoxe de plus de la part d’un homme qui en était prodigue.

Chaque fois qu’on lui demande sa profession, il se retient pour ne pas répondre : «Escroc en tout genre.» Sa lucidité rageuse ne l’épargne pas. Il explique même pourquoi aujourd’hui un écrivain ou un philosophe se doivent de tricher: «Un rien de feinte dans le tragique, un soupçon d’insincérité jusque dans l’incurable, telle m’apparaît la marque distinctive du moderne.» Il note qu’en Inde un Schopenhauer ou un Rousseau n’auraient jamais été pris au sérieux, parce qu’ils vécurent en désaccord avec les doctrines qu’ils professaient; pour nous, c’est là précisément la raison de l’intérêt que nous leur portons.

Le journal intime est une arme redoutable, car elle se retourne presque infailliblement contre celui qui se soumet à sa loi. Aussi les carnets que Cioran a tenus de 1957 à 1972, soit de sa quarante-septième à sa soixante-deuxième année, sont-ils fascinants : on s’y promène dans le bric-à-brac de ce magicien du néant plus épris de la vie qu’il ne veut bien le concéder, de ce solitaire très entouré, de cet hypocondriaque redoutablement résistant, de cet ermite un peu trop soucieux de sa notoriété. On comprend que, sur la couverture de ses Cahiers, tenus pour se dégourdir la plume et servir de laboratoire à ses essais, il ait écrit : «A détruire!» Sa compagne, Simone Boué, décédée accidentellement le 11 septembre 1997, en a jugé autrement et on se gardera bien de l’en blâmer. D’une part, parce que si Cioran avait vraiment voulu les détruire, il lui eût été loisible de le faire de son vivant. Et d’autre part, parce que rien ne nous touche plus que la vérité nue d’un être.

Disons d’abord ce qu’on ne trouvera pas dans ce journal; le sexe, la vie amoureuse. Cioran reconnaît d’ailleurs que dans tout ce qu’il a écrit, il n’a pas rendu à la sexualité l’hommage qu’elle méritait. Une anecdote cependant: dans un train, il observe une jeune fille. Elle l’attire. Alors, il l’imagine morte à l’état de cadavre avancé, ses yeux, ses joues, son nez, ses lèvres, tout en pleine putréfaction. «Rien n’y fit, confesse-t-il. Le charme qu’elle dégageait s’exerçait toujours sur moi. Tel est le miracle de la vie.» Nous n’en saurons pas plus.

Sur l’amitié, il est plus prolixe. Il n’y croit pas. Il va de soi pour lui que nous haïssons tout le monde : amis et ennemis, avec toutefois cette différence que nous ne savons pas que nous haïssons nos amis. Mais nous les haïssons d’une certaine façon.

A propos d’ennemis, il revient à plusieurs reprises sur celui qu’il considère comme son «détracteur en titre» et comme un «calomniateur professionnel»: le philosophe marxiste Lucien Goldmann, l’auteur du Dieu caché, roumain comme lui, juif, qui l’aurait poursuivi de sa vindicte jusqu’à sa mort, en 1970. «N’importe qui, à ma place, aurait eu des réactions à la Céline, écrit Cioran, mais j’ai réussi à surmonter une tentation aussi basse qu’explicable et humaine.»

RÉVÉLATION

De fait, il pense que Goldmann, en lui barrant l’accès à une carrière universitaire, lui a rendu service. Il l’a amené, plutôt que de croupir au CNRS et à publier de stériles travaux universitaires, à écrire des livres pour lui seul. «Il faut toujours savoir gré à un ennemi de vous ramener à vous-même, de vous sauver de la dispersion et du délayage, de travailler malgré tout pour votre plus grand bien.» Sans doute est-ce la révélation la plus surprenante de ces carnets de Cioran : la place, celle du mauvais démiurge, qu’y tient Goldmann.

Mais ces calomnies? Etaient-elles fondées? Cioran n’y fait guère allusion. Il note bien que son admiration maladive pour l’Allemagne a empoisonné sa vie, qu’elle a été la pire folie de sa jeunesse, mais il n’en dit guère plus. On trouve cependant une réflexion assez curieuse, mais bien dans sa manière, sur le fait que ce qu’il ne pardonnait pas aux nazis, c’était moins de tuer les juifs que de les humilier l’étoile jaune était une abomination à ses yeux. Il revient souvent sur Hitler («avec lui, le néant a une voix»), l’homme qu’il prétend haïr le plus, mais aussi il se demande si, sous certains aspects, il ne lui ressemble pas. Mais qui ne ressemble pas à Hitler? «À la fin de la dernière guerre, écrit-il encore, tout le monde lui ressemblait, même les vainqueurs, surtout eux. D’ailleurs, ils n’ont pu le vaincre qu’en l’imitant de plus en plus, qu’en s’identifiant à lui. Jamais ils n’auraient pu l’écraser avec des méthodes démocratiques, humaines, libérales. Quand vainqueurs et vaincus emploient les même procédés, ils se valent et aucun d’eux n’a l’autorité morale de parler au nom du Bien.»

En face de Hitler, Cioran place Freud. Et on ne sera guère surpris de voir que si la psychanalyse l’irrite il assistera cependant aux séminaires de Lacan à l’Ecole normale, Freud, en revanche, lui en impose. Il admire son courage, il partage son refus de la métaphysique, de toute métaphysique. Refus caractéristique également du Cercle de Vienne et, d’une manière plus générale, de toute la philosophie autrichienne.

Cioran, par son goût de la dérision, par sa haine de soi, par son sens inné de l’exagération, par sa volonté de provoquer, appartient à cette tradition austro-hongroise. Il est aux antipodes de philosophes comme Heidegger ou Sartre, d’essayistes comme Barthes ou Blanchot pour prendre quelques-unes des cibles de ses sarcasmes. Il est même prêt à pardonner à Bertrand Russell son humanisme et son progressisme dont Wittgenstein déjà se gaussait après avoir lu que, très jeune encore, Russell avait écrit qu’il fallait exterminer le plus grand nombre de gens possible, pour que la somme de conscience diminue dans l’univers.

Commentaire de Cioran : «Il aurait dû mourir après ce coup d’inspiration. Avec une “pensée” pareille, on ne peut faire une oeuvre. Mais qu’importe une oeuvre? La vie n’a d’excuse que par des éclairs qui la dépassent ou la nient. Avoir un de ces éclairs nous rachète et nous justifie.» Toute l’éthique de Cioran tient en ces quelques remarques. On peut les juger odieuses, farfelues ou sublimes. Elles émanent d’un homme qui, toute sa vie durant, a râlé contre l’inconvénient d’être né. Qui a cherché, sans le trouver, dans la pire des politiques un remède à cette déchéance. Qui a ressassé, parfois jusqu’à l’écoeurement, son méli-mélo funèbre. D’un homme qui se qualifiait volontiers de « raté » pour avoir reculé face au seul acte éthique: le suicide. Mais sans doute avait-il encore trop de réserves d’ironie pour ne pas vouloir jouir de l’ampleur de son naufrage.

ROLAND JACCARD
© Le Monde, le 07 Novembre 1997

Une épopée de l’insomnie

La marquise du Deffand soignait ses insomnies en lisant Voltaire, et Cioran se distrayait des siennes en lisant Mme du Deffand. «Mon Dieu, que vous êtes heureux et que vous êtes en bonne compagnie, étant seul avec vous-même!», écrivait-elle à son (très illustre) correspondant. Car, très loin de Ferney, dans sa chambre de la rue Saint-Dominique, elle était rattrapée, sans cesse, par cette mauvaise bête, ce monstre sans visage qu’on appelle l’ennui et qui entraîne à la fois le vide et le surmenage des pensées. Cioran a probablement éprouvé la même jalousie que la marquise à l’égard de Voltaire. «Ma vie a été dominée par l’expérience de l’ennui. J’ai connu ce sentiment dès mon enfance », confiait-il en 1977. Il ajoutait que c’était une sorte de «vertige»: «La révélation de l’insignifiance universelle»…

La pensée du malaise conduit-elle au malaise de la pensée ? Le renversement des génitifs était la spécialité des professeurs de philosophie dans la France des années 50. Mais ils connaissaient à peine Cioran, qui venait d’entrer dans la république parisienne des lettres, avec son Précis de décomposition, et qui allait très bien se classer dans les championnats de pessimisme, juste après l’Ecclésiaste et Schopenhauer. Le désespoir arrivait, en effet, de Bucarest. C’est souvent comme cela dans la géographie des sentiments : les grandes mélancolies viennent de l’Est, et les promesses brillent à l’Ouest. Une sorte de Pascal roumain s’était établi sur les bords de la Seine. Il rencontrait quelquefois un autre émigré très sombre, originaire d’Irlande, mais qui « donnait toujours l’impression de tomber de la lune ». Ce passant distrait, qui s’appelait Samuel Beckett, annonçait une mauvaise nouvelle: ce n’était pas la peine d’attendre Godot…

C’est pendant l’été 1947, à Dieppe, que Cioran avait pris la décision d’écrire en français. Il y voyait le meilleur moyen de «s’émanciper». Et puis il considérait la langue de Voltaire comme l’«idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques». L’adoption du français devait lui procurer autant de bonheur que de tourments. «Je suis un étranger pour la police, pour Dieu, pour moi-même», dirait-il, estimant que sa seule «patrie» était la langue dans laquelle il s’exprimait. Cependant, le sixième arrondissement revêtit, pour lui, des airs de province, et le jardin du Luxembourg devint son propre jardin. Cioran s’est beaucoup promené dans Paris. Il a continué la tradition de la littérature qui déambule. Car les pensées ou les réminiscences viennent en marchant. Par exemple, ce proverbe chinois : «Quand un seul chien se met à aboyer à une ombre, dix mille chiens en font une réalité.»

Voici tout Cioran, depuis les textes de sa jeunesse roumaine jusqu’à son dernier livre, Aveux et Anathèmes. Cela peut se lire, entre autres, comme une épopée de l’insomnie : «La seule forme d’héroïsme compatible avec le lit.» Cioran, c’est le paradoxe perpétuel, le tiraillement entre «la tentation d’exister» et l’envie ou le vertige du contraire. «Toutes les fois que quelque chose me semble encore possible, dit-il, j’ai l’impression d’avoir été ensorcelé.» Jadis, il s’était guéri (provisoirement) de ses idées noires «en parcourant la France» à bicyclette. Le vélo comme médecine… Mais aussi l’humour qui « dévaste les anges », la musique, cette «illusion» qui console de tout le reste, et la littérature, dernière «ressource» de l’espèce humaine lorsqu’elle ne fréquente pas nécessairement les pharmacies. Pour Cioran, chaque livre a été «une victoire sur le découragement».

Autre paradoxe: cet homme qui n’a cessé de dénigrer l’existence s’est livré à de brillants «exercices d’admiration» sur les gens les plus divers, de Joseph de Maistre à Francis Scott Fitzgerald, en passant par Paul Valéry, Samuel Beckett, Saint-John Perse, Mircea Eliade, Roger Caillois, Henri Michaux, Benjamin Fondane et Jorge Luis Borges. Et puis il y a cet étonnant portrait d’une jeune femme qui séduisait le pauvre monde «par son air d’absence et de dépaysement». Elle semblait ne pouvoir renseigner les autres sur elle- même «tant elle se confondait avec son mystère ou répugnait à le trahir». Cioran suppose qu’«elle n’était pas d’ici et qu’elle ne partageait notre déchéance que par politesse ». Car la demoiselle paraissait être « solidaire de l’invisible». On croirait un de ces personnages de Jean Cocteau, qui trompent les douaniers les plus rigoureux et traversent les miroirs comme nous allons de France en Italie…

Quel raffinement, quelle richesse et que de trouvailles! Les insomnies excitaient sans doute la verve de Cioran. «Passé la trentaine, écrit-il, on ne devrait pas plus s’intéresser aux événements qu’un astronome aux potins.» Il affirme ensuite préférer les peuples qui, «par goût du ciel, firent faillite dans l’Histoire». Pourtant, quelle compassion chez ce misanthrope! Voyez, notamment, la peinture qu’il fait de ces sourires qui ne s’effacent pas, sur les figures «guettées par la folie»: «Lumière fugitive, émanée de nous-même, notre sourire à nous dure ce qu’il doit durer», tandis que «le sourire suspect survit à l’événement qui le fit naître, s’attarde, se perpétue, ne sait comment s’évanouir. (…) Sourire en soi, sourire terrifiant, masque qui pourrait recouvrir n’importe quel visage : le nôtre par exemple».

Revenant sur la folie, Cioran la décrit (ou la résume) comme une sorte de «chagrin» que le temps ne modère ni ne transforme. Philosophe de l’anxiété ce «fanatisme du pire» , il a le secret de ces raccourcis vertigineux qui donnent parfois le sentiment qu’une personne s’est jetée par la fenêtre. «La pâleur, disait-il, nous montre jusqu’où le corps peut comprendre l’âme.»

FRANCOIS BOTT
© Le Monde, le 12 Mai 1995

Cioran sur Kafka (des aphorismes des Cahiers) [Pt]

kafkaNa seção de aforismos temáticos, um novo tópico: Cioran sobre Kafka (comentários extraídos de seus Cahiers)

Uma frase do Talmud que Kafka amava: “Nós, judeus, somos como as  olivas; damos o melhor de nós mesmos quando somos pisados.” (Cahiers)

§

Kafka a Milena : “Sem você, não tenho ninguém, ninguém aqui, além do medo: chafurdado nele, que chafurda em mim, nós desceríamos as noites agarrados um ao outro.” (Cahiers)

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Entretien avec Mihaela-Genţiana Stănişor à propos de Cioran

EMCioranBR: Mme. Stănişor, merci beaucoup pour nous donner cet entretien. D’abord, il faut dire que c’est très difficile de préparer des questions intéressantes et dignes d’interêt. Donc, je vais essayer de vous poser des questions qui me semblent les plus essentielles à l’égard de Cioran et de la Roumanie. J’espère que vous les apprécierez. Vous êtes philologue et vous avez fait une thèse doctorale sur Cioran, publiée sous le titre Les « Cahiers » de Cioran, l’exil de l’être et de l’œuvre. La dimension ontique et la dimension poïétique (Ed. Universităţii « Lucian Blaga » de Sibiu, 2005). Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi les Cahiers comme objet d’analyse ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre thèse ? 

M.-G.S.: J’ai commencé à étudier l’œuvre de Cioran d’une manière plus rigoureuse à la fin de mes études universitaires (vers 1997-1998). Les Cahiers de Cioran venaient d’être publiés. Après leur lecture, je me suis proposé d’analyser le rapport qu’ils entretenaient avec l’œuvre proprement-dite. Leur dimension de laboratoire de création, de « document poïétique » me fascinait. J’ai eu la chance de rencontrer Irina Mavrodin, personnalité marquante de la culture roumaine, à l’occasion du colloque internationale Emil Cioran qui avait lieu chaque année a Sibiu. Elle a tout de suite trouvé mon thème intéressant et a accepté de diriger mon doctorat. Une bonne partie de ma thèse est dédiée à l’étude comparative des Cahiers et des écrits cioraniens, à partir du concept d’écriture fragmentaire comme modus vivendi et fabrication poétique. L’étude comparative m’a permis de mieux constater les fonctions du fragmentaire, comme principe ontologique et comme principe scriptural. Il y a toujours chez Cioran un inconvénient de l’identité (qui conduit à un principe ontologique de l’écriture, à une scéno-graphie du moi), tout comme il y a un inconvénient de l’écriture (qui conduit à sa fragmentation et à sa métaphorisation, au raccourci, à l’ambiguïté, au vague), à une image incomplète ou bien à des moi contrastants. 

EMCioranBR: Comment et quand avez-vous connu Cioran ?

M.-G.S.: Je n’ai pas connu personnellement Cioran. Pour la première fois, j’ai lu Cioran au lycée, peu après la chute de Ceauşescu (en 1990). J’ai pu constater que dans chacun de ses ouvrages, ce n’est pas tant un monde qui s’ouvre qu’un enfer qui se ferme. Voilà l’effet que le premier de ses livres, De l’inconvénient d’être né, lu à mon adolescence, a eu sur moi. J’ai parcouru, intriguée, les mots du titre et cela a suffi pour me décider à lire tout le livre. L’impact que la manière de Cioran à penser et à sentir a eu sur moi fut, dès le début, décisif et troublant car, d’une part, elle répondait à des sentiments et à des obsessions que je croyais inexprimables ; d’autre part, elle répandait en moi un sentiment ambigu et, étrangement réconfortant, malgré l’amertume qu’elle me provoquait. C’était le sentiment de la vanité de toute action, à l’exception de la lecture, que je considérais salvatrice, grâce au front commun que je pouvais faire avec l’auteur. En quelques jours, j’étais devenue solidaire de Cioran, avec ce « je » impitoyable qui s’étalait linguistiquement et me laissait en proie à la fascination. Plus tard, en lisant toute son œuvre, la fraternisation avec l’auteur s’est accentuée. J’allais me rendre compte, en vivant à l’unisson avec Cioran, grâce aux impressions que je partageais avec lui et que le sentiment de l’identité (ou de l’altérité?) rendait plus fortes, que ses livres m’offraient un modèle d’écriture. Peu à peu, ce qu’il disait restait secondaire pour moi car il m’initiait à l’expression du dire. Je voyais comment son texte devenait toujours plus condensé et contradictoire, la mise en suite des mots de plus en plus inattendue et spectaculaire, et leur expulsion de plus en plus significative. Le lyrisme s’évaporait (comme effet du passage du temps et du culte de la langue française), de sorte que les passions qui avaient troublé sa jeunesse, enflammé sa pensée et tenté sa parole dans les livres roumains, se rationalisaient. À la tentation d’exprimer se substituait l’assiduité d’expier. 

EMCioranBR: Sur Cioran : comment est-il considéré en Roumanie? Est-il un auteur beaucoup lu et connu parmis les roumains en général? Ou seulement dans les milieux académiques et intellectuels ? Comment était sa présence littéraire en Roumanie d’avant 1990 ? Y avait-il beaucoup de ses livres français publiés en Roumanie, ou seulement les roumains ?

M.-G.S.: Avant la révolution de décembre 1989, Cioran était interdit en Roumanie. On ne pouvait pas trouver ses livres dans les librairies ou dans les bibliothèques, on ne pouvait même pas prononcer son nom pour ne pas attirer l’attention de la Securitate. Peu de gens avaient ses livres, procurés directement de France. Mais les intellectuels véritables suivaient sa vie et sa création, malgré la terreur communiste. Après la révolution, ses écrits ont été édités et réédités, ainsi que beaucoup d’inédits (les éditions Humanitas, dirigées par le philosophe Gabriel Liiceanu, se sont occupées de la publication intégrale de Cioran). Cioran se vend bien en Roumanie, et je pense que ce ne sont pas seulement les intellectuels qui le lisent, mais aussi d’autres gens qui apprécient son humour et ce jeu savoureux avec les mots. L’expression courte, aphoristique, facile à retenir, gagne assez d’adeptes. 

EMCioranBR: « Règle d’or : laisser une image incomplète de soi. », Cioran a écrit dans L’inconvenient d’être né. Généralement, on le connaît [par] son oeuvre française, au moins en Brésil. Il doit y avoir beaucoup de lecteurs qui ne savent pas qu’il est roumain, ou très peu le savent. C’est une question que ne me laisse pas : qu’est-ce qu’il y a de vraiment roumain dans « le Cioran français », si c’est possible d’en dire ? J’ai l’impression qu’il cache beaucoup de choses sur lui même [J’ai l’impression qu’il nous cache beaucoup de choses], surtout qu’il  falsifie sa « roumanité » et la dénature, le plus souvent de façon négative. La conception de Cioran sur les roumains, n’est-elle pas un prejugé ? « Peuple de sceptiques, frivoles, superficiels, tragiques, etc., etc. »…

M.-G.S.: Vous savez sans doute cette formidable citation de Cioran que je cite de mémoire : « On n’habite pas un pays, on habite une langue. » Cela dit déjà tout. Pour un écrivain, c’est la langue qui constitue son être. Il respire et pense dans et par cette langue. De la période roumaine, il lui reste sans doute ses obsessions, ses thèmes préférés (l’être, le temps, la mort, le destin…). Mais celui qui change de langue, change d’être aussi. La langue le transforme dans un être coincé. Et il décrit si suggestivement cette transformation dans sa « Lettre à un ami lointain », à son ami, resté en Roumanie, le philosophe Constantin Noica. S’il falsifie sa « roumanité », c’est parce qu’il falsifie tout, c’est parce que l’écriture n’est que le reposoir parfait des dénaturations. Il y a toute une poétique de la dénaturation chez lui. Comme chez tout écrivain authentique, dirais-je. Sa vision sur le peuple roumain se retrouve aussi chez d’autres auteurs roumains. Mircea Vulcănescu, de la même génération 1930, parle du sentiment tragique de l’existence ; le grand philosophe roumain, Lucian Blaga, exprime systématiquement ce « mélancolique sentiment du destin », qui définit le Roumain. Il y a certainement chez ce peuple un scepticisme inné, une sensation de fatalité qui le trouble toute sa vie. En plus, la conception de Cioran sur les Roumains est alimentée par le même principe qui lui est cher : l’exagération, le rejet aux marges de la… normalité. Passer au-delà pour créer le choc, pour arriver à cet éblouissant : « Comment peut-on être Roumain ? ».

EMCioranBR: En ce sens, ses Cahiers ne seraient-ils pas une grande source d’informations sur lui, au-delà [bien plus que] ses livres, une sorte de laboratoire secret et intime ou il écrivait des choses qu’il n’aurait jamais le courage de publier ? Finalement, je voudrais vous poser cette question : quand Simone, sa compagne, découvrit ses Cahiers cachés, la première chose qu’elle nota furent ces mots dans leurs couvertures : « À détruire ». Je me demande : qui devrait les détruire ? Et je vous demande : croyez-vous que Cioran avait l’intention de le faire, ou qu’il désirait réellement que ses Cahiers fussent détruits [sem vírgula] par Simone ou quelque autre personne (bien, a-t-elle trahi Cioran en ce sens)? Ou peut-être il désirait qu’ils fussent découverts et connus d’après sa mort?

M.-G.S.: Non, je ne pense pas qu’on doive chercher l’homme en chair et os dans ses cahiers. Ici aussi c’est la conscience auctoriale qui parle et qui se voit parler. Ce jeu double y fonctionne aussi. Il y a partout le pacte avec l’écriture, ce plaisir du texte, du mot. Et Cioran sacrifie tout à ce plaisir. Surtout son propre moi biographique. Il y a, pourtant, une dimension biographique de l’écriture plus poussée. Les Cahiers sont aussi le journal d’un être en proie à ses moi. Entre biographie et fiction, ne l’oublions point, il n’y a qu’un pas.
Cioran n’avait pas l’intention de détruire ses cahiers, je crois. Ni de les publier sous cette forme. Mais une chose reste importante, pourtant : leur parution est essentielle pour comprendre in nuce la manière de Cioran de réfléchir, d’agir (scripturairement) et de (ré)écrire. Du point de vue de la génétique des textes cioraniens, leur existence est capitale. Simone Boué s’en est sans doute rendu compte. Et pour tout chercheur appliqué les Cahiers sont une mine d’or.

EMCioranBR: Un livre préferé de Cioran ? (Peut-être plus d’un…)

M.-G.S.: Aveux et anathèmes. Dernièrement, je constate que j’ai une préférence pour ses livres aphoristiques car cela incite mon esprit à de nouvelles découvertes à chaque relecture. Chaque aphorisme est un livre. À imaginer, à réécrire.

EMCioranBR: Un aphorisme préféré ? (Peut-être plusieurs)

Ah, mais j’ai presque chaque jour à l’esprit un aphorisme cioranien. Cela m’aide à commencer la journée d’une manière (dé)raisonnable. Je vais vous en donner trois :

M.-G.S.: « Ma mission est de souffrir pour tous ceux qui souffrent sans le savoir. Je dois payer pour eux, expier leur inconscience, la chance qu’ils ont d’ignorer à quel point ils sont malheureux. » (De l’inconvénient d’être né).

« Chercher l’être avec des mots ! – Tel est notre donquichottisme, tel est le délire de notre entreprise essentielle. » (Cahiers)

« Après tout, je n’ai pas perdu mon temps, moi aussi je me suis trémoussé, comme tout un chacun, dans cet univers aberrant. » (Aveux et anathèmes).

EMCioranBR: Mme. Stănişor, je vous remercie pour cet entretien. Il est très important pour enrichir la connaissance des lecteurs sur Cioran.

Entrevista com Mihaela-Genţiana Stănişor: “Há uma poética da desnaturação em Cioran”

Mihaela-Genţiana Stănişor é uma filóloga romena, com especialização nos idiomas romeno e francês. Obteve seu doutorado em 2005 com uma tese sobre os Cahiers de Cioran. Atualmente, é professora na Universidade Lucian Blaga, em Sibiu (cidade marcante para Cioran). É autora de diversos livros, dentre os quais se destacam Os Cahiers de Cioran: o exílio do ser e da obra, e Perspectivas críticas sobre a literatura francesa do século XVII. Publicou também o artigo “Del inconveniente de la identidad”, na coletânea Cioran: ensayos críticos, organizada por M. Liliana Herrera e Alfredo A. Abad T. (Universidad Tecnologica de Pereira, Colómbia, 2008) Além disso, Genţiana é diretora da revista romena de literatura e filosofia Alkemie, em cujo site é possível encontrar vários de seus artigos (em francês).

Genţiana concedeu ao Portal EMCioranBR uma entrevista exclusiva onde fala sobre sua trajetória acadêmica envolvendo os estudos sobre Emil Cioran, e faz considerações importantes sobre os Cahiers do autor — seu objeto de estudo privilegiado. Ela também fala um pouco sobre o lugar de Cioran na cultura romena contemporânea, em contraste com os anos que precederam à revolução que pôs fim ao regime comunista de Ceaușescu, e como se deu seu primeiro encontro com a obra deste “exilado metafísico”.

Rodrigo Menezes — Prezada Genţiana, em nome do Portal EMCioranBR e de seus visitantes, leitores de Cioran, eu agradeço enormemente a oportunidade de fazer essa entrevista com você. Você é filóloga e fez uma tese de doutorado sobre Cioran, intitulada Les « Cahiers » de Cioran, l’exil de l’être et de l’œuvre. La dimension ontique et la dimension poïétique, publicada pela editora da Universidade Lucian Blaga, em 2005. Poderia nos dizer a razão de ter escolhido os Cahiers como objeto de análise? Poderia nos dizer algo sobre sua tese?

Mihaela-Genţiana Stănişor — Comecei a estudar a obra de Cioran de uma maneira mais rigorosa ao fim dos meus estudos universitários (entre 1997-1998). Os Cahiers tinham acabado de ser publicados. Após sua leitura, eu me propus a analisar a relação que eles mantinham com a obra de Cioran propriamente dita.  Sua dimensão de laboratório de criação, de “documento poiético”, me fascinava. Tive a chance de conhecer Irina Mavrodin, personalidade marcante da cultura romena, à ocasião do Colóquio Internacional Emil Cioran que acontecia todo ano em Sibiu. De imediato, ela achou meu tema interessante e aceitou orientar meu doutorado. Uma boa parte de minha tese é dedicada ao estudo comparativo dos Cahiers e dos escritos cioranianos, a partir do conceito de escritura fragmentária como modus vivendi e fabricação poética. O estudo comparativo me permitiu constatar melhor as funções do fragmentário, como princípio ontológico e como princípio estrutural. Há sempre, em Cioran, um inconveniente da identidade (que conduz a um princípio ontológico da escritura, a uma ceno-grafia do eu), assim como há um inconveniente da escritura (que conduz a sua fragmentação e a sua metaforização, ao atalho, à ambiguidade, ao vago), a uma imagem incompleta, ou, antes, a eus [moi] contrastantes.

R.M. — Quando e como você teve seu primeiro contato com a obra de Cioran?

M.-G.S. — Eu li Cioran pela primeira vez quando estava no liceu, pouco depois da queda de Ceauşescu (em 1990). Pude constatar que, em cada um de seus livros, não é tanto um mundo que se abre, mas um inferno que se fecha. Eis o efeito que o primeiro livro que li na minha adolescência, De l’inconvénient d’être né, teve sobre mim. Eu percorri, intrigada, as palavras do título e aquilo me bastou para decidir ler o livro inteiro. O impacto que a maneira de Cioran de pensar e de sentir teve sobre mim foi, desde o início, decisiva e perturbadora, pois, por um lado, ela respondia a sentimentos e obsessões que eu acreditava serem inexprimíveis; por outro lado, ele difundia em mim um sentimento ambíguo e estranhamente reconfortante, apesar da amargura que me provocava. Era o sentimento da vaidade de toda ação, à exceção da leitura, que eu considerava salvadora, graças à frente comum que eu podia fazer com o autor. Em poucos dias, eu havia me tornado solidária de Cioran, com esse “eu” [je] impiedoso que explodia linguisticamente e me tornava presa da fascinação. Mais tarde, tendo lido toda sua obra, a fraternização com o autor se acentuou. Eu me daria conta, vivendo em uníssono com Cioran, graças às impressões que eu compartilhava com ele e que o sentimento da identidade (ou da alteridade?) tornava mais fortes, que seus livros me ofereciam um modelo de escritura. Pouco a pouco, o que ele dizia se tornava secundário para mim, pois ele me havia iniciado na expressão do dizer. Eu via como seu texto se tornava cada vez mais condensado e contraditório, a mise en suite (“posta em sequência”) de palavras cada vez mais inusitada e espetacular, e sua expulsão cada vez mais significativa. O lirismo se evaporava (como efeito da passagem do tempo e do culto à língua francesa), de modo que as paixões que turbaram sua juventude, que inflamaram seu pensamento e tentaram seu discurso nos livros romenos, se racionalizaram. A tentação de exprimir foi substituída pela assiduidade de expiar.

R.M. — Como Cioran é considerado na Romênia? Ele é lido e conhecido pelos romenos em geral? Ou seria mais conhecido nos meios acadêmico e intelectual?  Estava ele presente na vida literária romena anterior a 1990? Seus livros franceses eram publicados na Romênia?

M.-G.S. — Antes da revolução de dezembro de 1989, Cioran estava proibido na Romênia. Não se podia encontrar seus livros nas livrarias ou nas bibliotecas, não se podia nem mesmo pronunciar seu nome para não chamar a atenção da Securitate [polícia secreta romena do regime comunista]. Poucas pessoas possuíam seus livros, obtidos diretamente na França. Mas os verdadeiros intelectuais seguiam sua vida e sua criação, apesar do terror comunista. Após a revolução, os escritos de Cioran foram editados e reeditados, uma boa parte deles inédita (as edições Humanitas, dirigidas pelo filósofo Gabriel Liiceanu, se ocuparam da publicação integral de Cioran). Cioran vende bem na Romênia, e eu penso que não são apenas os intelectuais que o leem, mas também outras pessoas que apreciam seu humor e seu jogo saboroso com as palavras. A expressão curta, aforística, fácil de reter, ganha muitos adeptos.

R.M. — “Regra de ouro: deixar uma imagem incompleta de si”, escreveu Cioran em De l’inconvenient d’être né. Geralmente, as pessoas vêm a conhecê-lo através de sua obra francesa, ao menos no Brasil. Certamente há leitores que não sabem que Cioran é romeno, ou que sabem muito pouco a respeito de sua vida. Eis uma questão que me persegue: o que permanece de romeno no “Cioran francês”? Tenho a impressão de que ele esconde muito sobre si mesmo, que ele falsifica sua “romenidade” e a desnatura. Não seria a concepção de Cioran sobre os romenos um preconceito? “Povo de céticos, frívolos, superficiais, trágicos, etc., etc.”…

M.-G.S. — Você certamente conhece essa formidável citação de Cioran que eu cito de memória: “Não se habita um país, habita-se uma língua.” Isso já diz tudo. Para um escritor, é a língua que constitui seu ser. Ele respira e pensa na e pela língua. Do período romeno, permanecem sem dúvida suas obsessões, seus temas preferidos (o ser, o tempo, a morte, o destino…). Mas aquele que muda de idioma também muda de ser. A língua o transforma em um ser acurralado. E ele descreve tão sugestivamente essa transformação em sua “Carta a um amigo longínquo” [primeiro capítulo de História e Utopia], ao amigo, que permaneceu na Romênia, o filósofo Constantin Noica. Se ele falsifica sua “romenidade”, é porque ele falsifica tudo, é porque a escritura é o repositório perfeito de desnaturações. Há toda uma poética da desnaturação em Cioran. Como em todo escritor autêntico, eu diria. Sua visão do povo romeno encontra-se também em outros autores romenos. Mircea Vulcănescu, da mesma geração de 1930, fala do sentimento trágico da existência; o grande filósofo romeno, Lucian Blaga, exprime sistematicamente esse “sentimento melancólico do destino”, que define o romeno. Há, certamente, nesse povo, um ceticismo inato, uma sensação de fatalidade que o perturba por toda sua vida. De resto, a concepção que Cioran  tem dos romenos é alimentada pelo mesmo princípio que lhe é caro: o exagero, o rechaço às margens da… normalidade. Ir além para criar o choque, para chegar a esse deslumbrante: “Como se pode ser romeno?”.

R.M. — Os Cahiers poderiam ser vistos como uma profunda fonte de conhecimento sobre Cioran, para além de seus livros, como uma espécie de laboratório secreto e íntimo em que ele escrevia coisas que jamais teria a coragem de publicar? Não esqueçamos que ele havia escrito na capa dos cadernos: “A destruir”. Eu me pergunto: Quem devia destruí-los ? Cioran tinha mesmo o desejo de que seus cadernos fossem destruídos, por Simone ou qualquer outra pessoa (e Simone, publicando-os, teria traído Cioran)?

M.-G.S. — Não, eu não acho que se deva buscar o homem de carne e osso nos cadernos de Cioran. Também aí trata-se da consciência autoral que fala e que se vê falar. Esse jogo duplo também funciona aí. Em todo lugar há o pacto com a escritura, o prazer do texto, da palavra. E Cioran sacrifica tudo a esse prazer. Sobretudo seu próprio eu biográfico. Há aí, contudo, uma dimensão biográfica mais intensa da escritura. Os Cahiers são também o diário de um ser que é presa de seus eus [moi]. Entre biografia e ficção, não o esqueçamos, é só um passo.

Acredito que Cioran não tinha a intenção de destruir seus cadernos. Nem de publicá-los desta forma. Mas uma coisa permanece importante, apesar de tudo: sua aparição é essencial para compreender, in nuce, a maneira de Cioran de refletir, de agir (escrituralmente) e de (re)escrever. Do ponto de vista da genética dos textos cioranianos, sua existência é capital. Simone Boué, sem dúvida, deu-se conta disso. E para todo pesquisador aplicado, os Cahiers são uma mina de ouro.

R.M. — Um livro preferido de Cioran?

M.-G.S. — Aveux et anathèmes (“Confissões e anátemas”). Ultimamente, constato que tenho uma preferência por seus livros aforísticos pois isso me incita o espírito a novas descobertas a cada releitura. Cada aforismo é um livro. A ser imaginado, a ser reescrito.

R.M. — Um aforismo preferido? Ou mais de um…

M.-G.S. — Ah, mas quase todo dia eu tenho no espírito um aforismo cioraniano. Isso me ajuda a começar o dia de uma maneira (ir)razoável.  Vou lhe dar três:

 « Minha missão  é sofrer por todos aqueles que sofrem sem sabê-lo. Devo pagar por eles, expiar sua inconsciência, a chance que eles têm de ignorar até que ponto são infelizes. » (De l’inconvénient d’être né).

« Buscar o ser com palavras! – Tal é nosso quixotismo, tal é o delírio de nossa empreitada essencial. » (Cahiers)

« Afinal, eu não perdi meu tempo, eu também me agitei, como todo mundo, nesse universo aberrante. » (Aveux et anathèmes).

R.M. — Prezada Genţiana, muito obrigado pela disposição em nos oferecer essa entrevista. Agradeço em nome do Portal EMCioranBR e de todos seus visitantes.