Audiovisual: “Entre utopies dangereuses et postures nihilistes, y a-t-il une place pour l’espoir ?” (Janine Moithy)

janine

Face à ce que les Anciens nommaient le tragique, à savoir l’existence de la mort et du mal, l’homme a développé deux attitudes antagonistes : une confiance absolue en la capacité de l’homme à résoudre les problèmes de la nature (l’utopie) et la conviction que rien ne pourra changer (le nihilisme). Ces deux mouvements ont coexisté et se sont respectivement affirmés au cours de l’histoire.

Aujourd’hui, la société opère un profond retour à une attitude nihiliste : les totalitarismes meurtriers qu’ont été le nazisme et le communisme, la prise de conscience des limites de la science et la perte de confiance en la politique ont fait sombrer la société dans une énorme dépression. Pour oublier ce qui l’interpelle, elle se jette dans le présent avec la surconsommation, la drogue, le virtuel : elle se vide la tête.

Ce retour au nihilisme n’est toutefois pas dépourvu d’espoir car il a l’avantage d’être lucide. C’est en regardant la réalité et non plus ses rêves que l’homme pourra transformer les choses.

La conférence a été donnée à l’Université Victor Segalen Bordeaux 2 dans le cadre du cycle de conférences “L’invité du Mercredi” / Saison 2003-2004 sur le thème “Demain”. Service culturel Université Victor Segalen de Bordeaux 2 / DCAM /

 Entre utopies dangereuses et postures nihilistes, y a-t-il une place pour l’espoir ?

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Mélancolie haineuse (Constantin Zaharia)

Article par Constantin Zaharia publié dans La Revue de l’Association Roumaine des Chercheurs Francophones en Sciences Humaines (ARCHES), tome 1, 2001

La dimension nihiliste du discours de Cioran ne peut échapper a quiconque s’adonne a la lecture de ses livres. En les parcourant, nous sommes frappés par les jugements impitoyables portés sur maints sujets, qui subissent des attaques implacables de la part de ce “penseur d’occasion”, comme il se plaît a se dire lui-meme, antiphilosophe virulent, éminent styliste et moraliste a ses heures. A Dieu, il s’en prend de la meme maniere que les personnages de l’Ancien Testament, en lui demandant des comptes. Il prophétise l’avenir sombre de la société occidentale en dénonçant ses tares, mais avec une telle mauvaise volonté, que l’on finit par se demander quel est le tort qu’elle lui aurait infligé, sinon cette marginalité a laquelle il semble avoir consenti de plein gré; par ailleurs, nous sommes heureux de constater que ses arguments, pourtant irrécusables, ne sont guere confirmés par la réalité. Les sujets majeurs de ses méditations: la vie, la mort, la sagesse, la réalité, la littérature et le langage sans distinction, tout le pele-mele des divagations para-philosophiques est traité avec une mauvaise humeur exemplaire par son esprit de suite et son intensité. Meme lorsque Cioran s’adonne a d’éclatants exercices d’admiration, sans doute pour se soustraire a ses propres véhémences, ses éloges deviennent parfois si irrévérencieux1, qu’on se demande quel démon de la méchanceté le travaille. D’ou procede cette haine envers tout ce qui devient objet de sa pensée?
Son discours ne démord presque jamais de la violence, et celle-ci n’épargne pas son moi, theme privilégié de ses intolérances. Cioran semble avoir tiré les dernieres conséquences de la célebre formule de Pascal – “Le moi est haissable”. Mais alors que pour le philosophe de Port-Royal il s’agit d’une affirmation neutre, dont l’enjeu est sans doute religieux (“Toute insistance sur le moi s’accomplit aux dépens de Dieu”, semble-t-il dire), pour l’auteur du Précis de décomposition les choses sont bien claires et nettes car, apres avoir rejeté le monde, les idéologies, la société et toute autre croyance dont il ne tarde pas a dénoncer l’inanité, lorsqu’il en vient au moi, il ne peut dire que “Je me hais”. Des exemples, il y en a partout dans son ouvre… [+]

Les modernes et la négativité

Par Daniele Carluccio, publié dans Fabula – Recherche en littérature

Modernités, n° 33, 2012 : « Nihilismes ? », sous la direction de Éric Benoit et Dominique Rabaté, EAN 9782867817663.

Mot(s)-clé(s): Modernité – Littérature – Nihilisme – Néant

Explorer la littérature moderne revient à se confronter, inévitablement, à la négativité qui lui est inhérente. La revue Modernités, qui concrétise périodiquement les activités d’un groupe de recherche de l’Université Bordeaux III, a abordé cette béance sous bien des angles depuis une dizaine d’années. Après avoir traité du sujet de l’isolement romantique et post-romantique (Modernités, 19 : « L’invention du solitaire »), puis, notamment, les thématiques du deuil (21 : « Deuil et littérature ») et du mal (29 : « Puissances du mal »), elle propose à présent un questionnement très ample du nihilisme, couvrant le champ de la littérature française des xixe et xxe siècles, et s’aventurant également au‑delà de ces frontières, du côté de Leopardi, de la modernité allemande ou russe, et même du cinéma américain. On comprend que le pluriel du titre « Nihilismes ? » vienne redoubler celui du nom de la collection : à la lumière de ces objets d’étude, le nihilisme paraît aussi diffus dans la culture occidentale que divers dans ses manifestations. Quant au recours à l’interrogation, il évoque un précédent numéro, paru en 2010, intitulé « En quel nom parler ? », qui considérait la légitimité de la parole singulière, forcément précaire dans le régime démocratique. Le nihilisme, en effet, est la précarité même, se fondant sur un objet qui demeure, par‑delà son apparente omniprésence, impalpable. Symptomatiquement, ce 33e volume de Modernités est le premier depuis longtemps à ne présenter aucune illustration en couverture… [+]